Nathalie Schlatter Milon

Psychologue clinicienne

L’élève, l’individu, son histoire scolaire. La construction institutionnelle des élèves en échec.

septembre 2001

Mémoire de D.E.A. Etudes de Psychologie clinique et pathologique.
Université Paris 8 Vincennes - Saint Denis.

Cet objet universitaire, marqueur de passage, a une histoire. Sa soutenance plus précisément.

Un certain mardi 11 septembre 2001 à 15h, j’ai été appelée à entrer dans la salle où se trouvait mon jury. Monsieur Alain Blanchet en était le président, Tobie Nathan, le rapporteur. A leurs côtés, le Professeur Mazet et le Maître de conférences Nathalie Zajde. Un invité surprise s’est joint à l’épreuve, restant en retrait, assis derrière moi : le Professeur Serban Ionescu.

J’étais angoissée.
J’avais rendu mon travail au début de l’été et n’avais pas obtenu de nouveaux commentaires de mon directeur de recherche. Par contre, j’avais été autorisée à soutenir.
Les soutenances avaient commencé la veille. Je faisais partie des derniers étudiants de cette seconde journée. J’avais assisté à des retours forts en émotion la veille ; quelque chose m’empêchait d’être à l’aise.

Le président m’a invitée à commencer. Je me souviens avoir essayé de présenter combien la recherche avait été difficile à mettre en œuvre, insistant sur la méthodologie et les points de résistance. Une sorte d’autocritique.
Puis Tobie Nathan a pris la parole. C’était son rôle de rapporter en les commentant les étapes de mon travail qu’il avait dirigé.

15h15. Le portable de Tobie Nathan l’interrompt. Il change d’expression et se glisse hors de la salle de soutenance. Nous restons tous stupéfaits, suspendus à une explication.
Les twin towers venaient d’être l’objet d’un attentat. Elles avaient été percutées, chacune, par un avion.

Confusion dans le jury. Les intéressés parlent entre eux.

Je suis là, face à eux, en position d’attente, sidérée, ne mesurant pas vraiment ce que je suis en train de vivre. Tout se brouille autour de moi. Je ne peux plus penser.

Le Professeur Alain Blanchet est le premier à avoir repris le sens de la réalité, il a rappelé "à l’ordre" ses pairs : "il faut qu’on en termine avec l’étudiante".

Je ne suis pas en capacité de rapporter la fin de ma soutenance. Elle s’est passée. J’ai été validée.

L’ai-je à présent digérée ?

Je me suis inscrite en doctorat et n’ai jamais soutenu ma thèse... Les données recueillies sont dans des cartons d’archives, des cassettes, un article, dans mon noyau de clinicienne....