Nathalie Schlatter Milon

Psychologue clinicienne

Construction de cadre dans le dispositif ethnopsychiatrique. Fabrication d’une étudiante en psychologie clinique.

14 février 2010

Mémoire Clinique pour le D.E.S.S. Etudes de Psychologie clinique et pathologique. Université Paris 8 Vincennes - Saint Denis.

1. PROLEGOMENES

En 1979 se montait la première consultation d’ethnopsychiatrie à l’hôpital Avicenne dans le service du Pr. Lebovici. Vingt ans après, d’aucuns pourraient trouver superfétatoire l’idée de faire une analyse de ce dispositif. A ceux-là je répondrais simplement que l’ethnopsychiatrie est une discipline qui invite aux mouvements et aux questionnements perpétuels. En cela interroger ce qu’est devenu le dispositif ethnopsychiatrique n’a rien de surfait et s’inscrit bien dans la logique de la discipline. Il ne s’agit pas de procéder à une comparaison. Comme toute discipline en sciences humaines, l’ethnopsychiatrie relève d’une lecture en termes d’historisation et par conséquent il est évident que le dispositif a "grandi" avec les années, les avancées de la recherche et bien sûr la pratique clinique.
Le dispositif constitue en fait la mise en acte des préceptes méthodologiques prônés par Devereux et pensés en termes cliniques par Nathan.

"Associant systématiquement à la clinique, les données provenant de l’anthropologie sous toutes ses formes, l’ethnopsychiatrie est une discipline pluridisciplinaire et complémentariste (Devereux, 1972)."

A travers mon travail de recherche de Maîtrise portant sur la fabrication d’un psychologue clinicien et plus précisément sur celle d’une psychanalyste, j’ai vu émerger un questionnement fondamental dans le cadre du cursus de psychologie clinique et pathologique, à savoir : qu’est-ce que ce type d’études, dans leur forme et leurs contenus, induisent chez l’étudiant. Autrement dit comment l’université est-elle en train de me fabriquer, ou encore, que fabrique-t-elle de spécifique ?
Ipso facto survient une autre question : que produit le Centre Georges Devereux sur un stagiaire psychologue clinicien en formation en ce lieu ?

A partir de la participation aux consultations, deux mouvements prennent vie :

  • une imprégnation de la clinique,
  • un travail sur soi-même, par contraste, par différenciation avec ce que fait et dit le thérapeute principal y compris le non verbal et ce que font ou proposent les autres membres de l’équipe.

J’ai bien conscience que le sujet au moins dans sa partie construction du cadre à partir du dispositif ethnopsychiatrique est le résultat du travail que j’ai fait auprès de M. Hounkpatin, comme enseignant et comme clinicien au Centre Georges Devereux.
Mais dans un deuxième temps, puisque cela a agi comme tel, c’est bien que cela contribue dans le "caché" à ma fabrication…

Dans une première partie, je m’attacherai à faire le point sur l’actualité du dispositif ethnopsychiatrique en partant du contexte théorique de sa fondation et en soulignant comment la notion de dispositif se distingue d’un point de vue dynamique de la notion de cadre. Pour ce faire, je décrirai avec précision les éléments constitutifs du dispositif puis je montrerai comment à partir de celui-ci se re-construit sans fin le cadre.

Dans une seconde partie, je déclinerai avec précision sur la base de quels postulats j’ai pensé ce travail, comment j’ai mis en œuvre le recueil des données et surtout je mettrai en avant les limites de cette réflexion.

Une troisième partie portera sur la discussion des données, d’abord autour des mouvements liés à la construction du cadre que j’ai pu faire ressortir, puis autour des effets que cette analyse a engendrés. Je chercherai à rendre saillant combien le passage par un lieu de consultations comme le Centre Georges Devereux est un élément important et actif ayant déclenché de façon inaugurale de tels mouvements internes.

Avec ma conclusion, je veux démontrer que l’ethnopsychiatrie est une discipline qui nous met dans une tension perpétuelle et nous contraint à penser sans arrêt mais que l’efficacité d’un tel processus résulte nécessairement de la circulation de la pensée entre différents lieux, dont le Centre Georges Devereux non pas comme institution purement thérapeutique mais comme espace de questionnement sur ce que nous produisons ailleurs. En effet, si la multiplicité des lieux est niée, il y a un risque majeur que celui qui se prétend méthodoclinicien inaugure un mouvement satellite, auto-alimenté et autosuffisant qui ne peut qu’aboutir à la mort de la pensée…