Nathalie Schlatter Milon

Psychologue clinicienne

Cuéntanos

5 mars 2013

Había una vez…

« Tu iras le plus loin possible mais il faut que tu me dises où est ta maison. »

Les Vieux.

Je suis psychologue clinicienne. Je tiens à la qualification de clinicienne.

ELAN
11 septembre 2001
15h15
J’ai été autorisée.

METAMORPHOSE
10 novembre 2012
15h15
Je peux dire où est ma maison.

ETAPES
Je ne m’étais pas autorisée à me dire thérapeute. Par contre, je m’évertuais à rendre ma pratique thérapeutique.
« Un thérapeute ne s’autorise pas de lui-même », telle était la parole capturée par mon non conscient et qui vit en moi, influençant chacun de mes actes de praticienne. Je me souviens aussi d’une autre parole, puissante et chargée : « Tout se passe avant et au premier entretien ; le psychologue ne fait que récupérer ses erreurs aux séances suivantes. » Mais comment savoir ? Comment mesurer l’efficace d’une séance ?

REALITES
Ne rien savoir apriori. Désapprendre. S’exposer au risque de la théorie du patient. Se mettre à l’école de son monde (langue, histoire collective et familiale, habitus, croyances, spiritualité…), en saisir l’intelligence, en mesurer la pesanteur. Mais où trouver, à chaque fois, l’être ressource, le « médiateur » entre les deux mondes en présence, le sien et le mien ?
Effracter, décoquiller et (se laisser) transformer tout en transformant. Effractée, décoquillée, métamorphosée, je l’avais été. Mais étais-je capable de cela à mon tour ?
Tels étaient les ingrédients de ma cuisine thérapeutique.

GRAINES
La transe. J’avais vu des transes à l’occasion de consultations, induites par le thérapeute principal ou, parfois spontanées. Elles étaient ostentatoires, finalement attribuées au monde du patient, toujours venu d’ailleurs, riche d’un autre monde, relié à d’autres objets thérapeutiques.
Le baquet de Mesmer, les « hystériques » de Charcot, l’école de Nancy avec Hippolyte Bernheim, Sigismund Freud, à ses débuts, s’intéressant aux non visibles puis finissant par les laïciser, Milton Erickson, l’école de Palo Alto, Léon Chertock, ... Des Noms, des connaissances livresques, des représentations ; finalement un processus trans-éthique, une énigme mêlée de crainte ?

ETRANGETE
Possession-exorcisme (expulsion) vs chamanisme-incarnation (convocation). La pluralité des mondes, le multiple, la complexification à la place de la simplification, le contraire de généralisation ou d’universalisation. Traumatismes initiatiques, métamorphose, noces entre hétérogènes, transformation radicale, inéluctable mais également capture d’âmes…

NOYAU - ELASTICITE
La dissociation. Dissociée, je l’ai été à chaque fois lors des consultations d’ethnopsychiatrie, et en de nombreuses parties de ma conscience. Ma rationalité appelait cela se mettre en processus cognitifs multi tâches.

L’observation. Observer chaque mouvement de la séance, observer le thérapeute principal, ses co-thérapeutes, le patient, sa famille, ceux qui les accompagnent, visibles et invisibles. Observer chaque « interaction ». Observer chaque micro système, les connexions entre eux. Observer le macro système qui pourrait les relier. Observer le Tout et les Parties du Tout... en Tout. Observer et s’observer. Observer et se savoir observé. Observer et faire tout en observant les faits (l’effet) et en s’observant faire.

CHANGEMENTS
Ecouter et surtout ne pas entendre, ne pas comprendre.
Ecouter sans interpréter tout en observant la source et en s’observant écoutant et luttant pour ne pas comprendre.

EXPLOSION
Le poids des mots, la force de leur énonciation. Puissance de la langue (et non du langage) en tant qu’elle fabrique un monde qui lui est propre, en tant qu’elle façonne chaque locuteur qui la modifie à son tour mais demeure transformé par ses briques dans un processus en boucle, infini. Parole-gousset ou parole à l’envers comme objet actif. Parole qui coupe, parole qui brûle, parole qui blesse, parole qui répare, parole qui tisse, celle qui guérit ou celle qui tue…

Ce dispositif dynamique, à visée thérapeutique, je l’avais laissé s’installer en moi, laissé se diffuser dans chaque partie de mon corps et de mon esprit au fil des années de pratique. Il me nourrissait et je le nourrissais. Ou je le croyais. Mais il s’épaississait jusqu’à l’enkystement, il nous dévitalisait. Les patients semblaient me renvoyer une forme d’efficacité de ma pratique en même temps que le doute et l’in-évidence germaient en moi. Solitude du cabinet.

Rechercher/transmettre/faire. Toujours se mettre en position d’apprendre, d’accueillir, de se laisser surprendre. Je continuais de chercher pour mes patients, pour moi (au risque de glisser vers la quête), je faisais (ou l’essayais-je ?) mais à qui je transmettais et dans quel dispositif pluriel et contradictoire je mettais finalement à l’épreuve mes objets ?
Ma triangulation était bancale. Je laissais bien mes hypothèses au risque de la théorie du patient, lequel venu consulter exposait, lui aussi, la sienne. La différence se logeait dans la conscience de le faire. La mienne était soi-disant critique, la sienne, non consciente, involontaire...

J’ai donc voulu dépoussiérer ma boîte à épices, nettoyer ma batterie de cuisine thérapeutique, ressortir de vieux chaudrons, aiguiser les couteaux et peut-être faire briller l’argenterie. Restaurer, découvrir, expérimenter et enrichir.

SYNCHRONICITE
Histoire de rencontres, « synchronicité » soufflerait Franck.
Un certain vendredi 24 septembre 2010 à 14h, par une journée d’initiation à l’hypnose et thérapie brève. La petite fée magique de la dernière transe, collective, commencera son œuvre...

OURSES

ou
OBSERVER

UTILISER

RATIFIER

SAUPOUDRER

ENCOURAGER

SECURISER

PLONGEON(S)- PLOMB JONC DANS L’OCEAN QUANTIQUE


Se faire mettre la tête à l’envers est un processus déroutant, le centre de gravité vacille, où donc va se stabiliser le balancier ? Au-delà du rééquilibre ? Flirtant avec le point triple, celui du corps pur avant qu’il n’entre en phase liquide, solide ou gazeuse ? Si c’était ?

Distorsion du temps. Temps intérieur (ressenti), temps extérieur, temps de l’altérité. Hier, aujourd’hui, demain => (Passé+Futur)/Présent
Distorsion de l’espace. Elasticité ? (là-bas+ailleurs)/ici
A partir de la fracture, de la division, sont introduites la distance et la vitesse. Donc le déplacement, a fortiori, le mouvement.
L’émotion [1]
, du verbe émouvoir d’après l’ancien français et le moyen français motion « mouvement » emprunté au latin motio « mouvement » et « trouble, frisson (de fièvre) », est un mouvement avant d’être une sensation d’affects.

Ce matin d’écriture, il y a du brouillard (ou autre selon le temps) ici, mais dans une autre partie de la ville, de la région…, ailleurs, il y a peut-être du soleil. Ici le jour s’est levé et la matinée a commencé, ailleurs, il fait peut-être encore nuit noire ou peut-être tout juste nuit. Je le vois parce que je suis ici et qu’il est telle heure mais si une partie de moi pense à l’ailleurs, à l’Argentine par exemple, cette partie de moi sait que là-bas le soleil est tout juste entrain de se lever et que c’est le début d’une journée de printemps certainement chaude. En fait ça se passe en nous et ça se passe en dehors de nous puisque nous, je, on est une partie de tout ; et que le tout contient toutes les informations. Comme on est une partie du tout et que le tout est en nous, nous sommes tout, pour détenir aussi toutes les informations. On ne sait simplement pas comment les utiliser.

Avec cette formation, j’ai appris la distorsion du temps, j’ai expérimenté le temps autrement, en conscience différente. Mon temps intérieur, le temps autour de moi, le temps du patient, le temps autour du patient. J’ai ressenti comment, en moi, tout est toujours accéléré, et comment à l’extérieur, je passe mon temps à ralentir mon temps intérieur. La distorsion du temps, le tout et la partie du tout, le brouillard (ou autre temps) qui est dehors, la météo extérieure, on peut parler d’une météo intérieure.

Je fais l’hypothèse que je travaillais déjà en hypnose conversationnelle, comme l’hirondelle a des ailes pour voler, de tout temps, mais qu’à l’évidence, il me manquait un ancrage, l’ancrage ici et maintenant, pour mettre le patient en toute sécurité, l’être moi aussi, ainsi que dans le leading de la consultation.

Ce que j’ai également appris, pendant cette formation, c’est l’apport des thérapies brèves. Là encore, la question de temps s’est imposée. Parce qu’effectivement, on peut partir dans un plongeon quantique à l’infini, laissant autant de temps au temps, et le dispositif thérapeutique (« défaillant ») devient ce que j’appelle l’antidépresseur, le médicament du patient. Le patient y est passif, engouffré là à attendre le « miracle ». Il est statue. Les battements de son cœur battent une mesure mais la glaise, sèche, la distord. Le thérapeute s’y épuise car ses actes thérapeutiques sont inopérants, toujours à côté du patient, asynchrones.

J’ai donc appris à mettre du contenant à du contenu comme couple contenant/contenu synchrone. Synchroniser les temps tout en jouant avec. A l’image des métronomes, ou de la bulle thérapeutique (temps/espace) ; puis surgit le temps d’Emergences qui n’est pas le temps de notre pratique.

La puissance des mots demeure, les mots qui découpent, les mots qui organisent, finalement qui densifient, fabriquent un instant dont on ne connaît pas la durée ni l’incarnation. Est-ce une image comme dans un film ? De l’ordre de quelques millisecondes ? Et pourtant, il se passe tant de choses qu’on ne voit pas. En passant un film image après image à un rythme dissonant (ralenti ou accéléré), apparaissent d’autres signes, d’autres informations passés inaperçus de notre conscience critique in situ. Le langage du cerveau droit, le langage virtuel de l’imaginaire.
Visuel, Auditif, Kinesthésique, Olfactif, Gustatif. Observer, observer, observer. Encore. Et encore.

Distorsion du temps pour moi, distorsion du temps pour les patients, distorsion du temps pour les stagiaires de la formation. Le temps a passé effectivement. Cette formation a atomisé quelques densifications, quelques coupes de réalités, des morceaux de théories ; elle les a renvoyés dans le chaudron quantique. Peut-être quelques « entités corpusculaires » sont-elles restées dans le bouillon pendant que d’autres se sont laissé capturer par d’autres attractions ou encore sont-elles venues s’agréger à un nouvel ensemble. Aujourd’hui est une autre coupe de réalité mais l’idée est que ce n’est pas un état, cela doit rester un processus.

Me vient une autre piste. Et si on plongeait, toutes les nuits, dans le bain quantique par le rêve ? L’état amplifié de conscience, le rêve seraient deux voies d’accès à avant la source. Ces expériences essentielles témoignent de l’importance de la transmission. Elle ne peut être rationnelle, la dirait-on empirique ? Je préfère la penser initiatique. Il s’agit de saisir comment ne pas se laisser figer par la coupe d’une réalité. C’est en cela que le processus de recherche est fondamental. Avec la recherche, tu ne trouves pas, tu cherches toujours plus et plus loin, puis plus tu cherches, plus tu expérimentes le bain quantique et plus tu retournes à avant la source, surtout pas en termes d’origines qui signent déjà une découpe temporelle.

Essayer. Ne pas essayer, faire (merci Claude). Essayant, tu es freiné. Qu’est-ce qui se joue ? Tu es comme dans le doute. Si tu essaies, c’est qu’il y a quelque chose qui te fait penser qu’il va se passer quelque chose qui ne correspondra pas à ton attente. Si j’essaie, j’attends quelque chose, il y a présuppositions. [2] A contrario, si je fais, je convoque, je me laisse surprendre et je découvre. L’essai est limitant, avec des limites toujours proches. Certes il donne l’impression qu’il contient alors qu’il ne fait que contraindre. Il élimine des possibles. Faire embrasse toutes les données, faire met en risque, expose et permet que cela explose. Les deux démarches sont contraires et ne produisent pas la même dynamique, ni le même objet final. L’une fige et rigidifie. L’autre permet de désapprendre, ouvre et complexifie. Cela provoque de nouveaux liens, souvent insoupçonnés.

Racines dessablées instables. J’avais mon noyau là dans un endroit précis et médiateur entre mon monde intérieur et mon monde extérieur, j’étais enracinée mais mes racines n’étaient pas suffisamment reliées. Ne voulant pas me laisser capturer, refusant de me densifier pour l’action en soi, j’étais ici et là-bas mais j’avais oublié de dire où était ma maison.

Séminaire. Une transe. Surgit une yourte à la porte en toile sans attache ; elle claque à l’émotion de l’air passant. Je ne vois pas de distribution de pièces. Elles apparaissent à loisir, selon le besoin. Je non incarnée, pas de chair. Je, plutôt à travers de pensamientos. Des « souvenirs » et des « survenirs » vaporeux, informes, cotonneux, nébuleux flottent comme en suspension, ceux d’hier, ceux de demain. Pas de sommation, ni de couches successives avec l’idée de profondeur pour engendrer ceux du jour. La nouveauté est modifiée par l’existant qui est lui-même transformé par la nouveauté dans un processus à jamais renouvelé. Brouillon de brouillard. Comme le rêve peut être brouillons du lendemain (merci Tobie), au cours duquel, s’invitent tous les possibles. Tout est soluble, pouvant toujours se dissoudre pour se re-mélanger. Yourte comme pièce unique, comme épicentre de tous les possibles.

Nouvelle transe. Arbre, abri, assise. Je suis l’arbre. Mon noyau, ma Sabiduría Universal comme dirait Teresa ROBLES, mon centre de gravité corps/âme tient place dans une cavité reliée au centre de la terre. Tout passe (par) là. De la plus virtuelle pensée aux dé-coupes de réalités. Comme toutes ces rencontres, tous ces moments qui ont justement pris force synchronistique pour moi. Mes choix qui n’étaient pas des choix, avec l’idée que cela s’est imposé à moi. Michèle, Joëlle, Nathalie, Françoise, Tobie, Lucien, Claude, Teresa, Sophie, Franck, Jean-Michel, Jean-Hervé, Augustine…. Et tant d’autres. Et il y en aura encore.
Cette pièce, non pièce, lieu de la synchronicité où j’ai été invitée à déposer ce dont j’avais à me déprendre. Lieu où je ne pouvais pas m’arrêter comme (em)portée dans une course effrénée, me délestant de peaux successives, sans traits figuratifs, absence de brouillard, juste un corps esquissé courant, « cheveux au vent ». Je cours, je me déprends, je me défais de ces pelures, je transe-mue par couches. Je n’ai pas besoin de m’aider des bras. Les films m’enveloppant s’effeuillent d’eux-mêmes. Je retourne ou plutôt, je vais vers l’arbre-siège, je cours vers moi.

Autre transe. Ma sphère intérieure. Là. A hauteur du plexus solaire. Sphère portant en son sein un arc en ciel. Pas la lumière blanche du soleil mais son spectre. Un Arco Iris le même que celui qui m’a surprise sur le chemin de retour chez moi le même jour…

Ecrire. Interroger, y compris ce que j’écris là. Le métier à tisser. Quelle est la valeur de cette analogie ? On dit : « Remettre sur le métier ». Si tu le fais, est-ce que tu t’autorises à tout atomiser. Tout a-t-il été défilé, détissé ? Sur le métier à tisser, la pièce sera différente mais à partir de mêmes rails, la trame du métier demeurant identique puisqu’il est pérenne.
Ce que tu laisses sur le papier. Des traces qui fixent. Alors que mon imaginaire voit plutôt danser lettres et mots comme le vol des oiseaux, densifications pas encore assemblées, libres du poids du sens. Aussitôt inscrits, ils coupent et fabriquent une réalité sauf à les faire repartir. Ainsi des écritures « thérapeutiques » que le praticien utilise en les diluant et en prescrivant l’usage spécifique de cette dilution. Ainsi des livres annotés mis en circulation, l’âme du livre se transforme. Les mots « décollent ». Ceux qui les lisent les amalgament à ce qu’ils sont. Le mot fige, alors le prendre pour ce qu’il est, outil, et en dérouler les intentions.

Du coup, seul Erickson savait faire du Erickson, seul Virot fait du Virot, seul Nathan fait du Nathan. Surtout ne pas faire comme. Ce ne serait que de la pâle copie, inefficace. La construction d’une séance est unique à chaque fois (pour les raisons liées à la distorsion du temps et à la synchronicité) et propre à chaque thérapeute. Il n’y a pas de savoir faire absolu en dehors du dispositif, ici et maintenant.

La nuit ? L’état de sommeil communément possible la nuit. Nuit/jour est déjà densification. Nuit ici, jour là-bas. Si je m’endors dans la nuit, mon corps est ici avec son horloge biologique, faisant ce qu’elle a à faire d’un point de vue physiologique. Le corps se restaure. Les éléments circulent au rythme de leur système d’affiliation dans le corps. Le corps change à son rythme mais il se transforme continuellement. Les rythmes se retrouvent partout. De la complexification de leur prise en compte vont émerger des possibles.

Si j’avais eu la possibilité de me décrire comme technicienne de la clinique thérapeutique avant la formation, et qu’aujourd’hui je redécouvrais ce que j’en aurais dit, assurément, je ne me reconnaîtrais pas. Le processus est analogue à l’ouverture de séminaire de Franck. Temps initial : une densification, des mots. Au final, chacun repart avec la densification d’un autre, comme autre possible. Chacune des réponses sont en effet libérées dans une vasque, et chaque stagiaire va s’approprier les mots d’autres, des potentialités. Le multiple est présentifié, mis en scène.

LIGNE DE FUITE FERMETURE/OUVERTURE

Je vois tout en mouvement. Pas de description fixe et figeante puisque tout bouge. C’est le mouvement qui me donne les informations, c’est mon corps qui parle (en séance, je bouge). Les odeurs flottent et affectent aussi mon corps.
Toutefois, après ces deux années de formation, la vitesse intérieure, la flotte orale ont pris rythme de croisière et sont devenues forces.

¡Que tengamos un buen fin de curso…y un buen camino ¡
Rennes, 15 novembre 2012