Nathalie Schlatter Milon

Psychologue clinicienne

Adresse à nos morts

16 novembre 2015

Ma tante maternelle par alliance, décédée en 2007, aurait fêté aujourd’hui, 16 novembre, ses 77 automnes.
Vendredi 13 dans la soirée, des personnes tombées sous des actes terroristes sont parties la rejoindre. Tant d’autres avaient déjà retrouvé son "âme", son "énergie" peu avant ou depuis bien longtemps, tant d’autres le feront sous peu ou quand cela sera leur moment.
Depuis le Brésil, j’ai été informée dans la soirée des événements survenus quelques heures plus tôt en métropole française. J’avais bien vu passer via Facebook un post de France 24 titrant l’information de coups de feu au Bataclan mais ne m’y étais pas arrêtée. Ce sont finalement des amis vivant encore en Argentine qui m’ont fait réaliser qu’il s’était passé et se passait peut-être encore quelque chose de grave à Paris. Une seconde fois.
Porter un regard sur de tels événements en étant physiquement à plus de 10000 Km a cela de puissant qu’on est à la fois dedans et dehors.

« Dedans »


parce que Paris est la capitale du pays où mes parents m’ont mise au monde, du pays où j’ai grandi, où j’ai pu fréquenter l’école jusqu’au bac puis suivre une formation qualifiante et reprendre des études à mon gré, du pays où j’ai pu, au-delà des genres, pratiquer des sports comme le rugby ou le handball, aller à des "boums", sortir en boîtes de nuit, aller au cinéma ou simplement flâner les samedis après-midi dans les rues de la ville, épuisant les terrasses de salons de thé ou de troquets à l’affût de connaissances et amis, décidant à la dernière minute d’une sortie ici ou là ou d’un squatt chez un ou une tel(le), du pays où j’ai pu aller en vacances presque chaque été en découvrant les joies du camping familial, celles de nouvelles connaissances de tous horizons et de toutes confessions, celles des bains de minuit à l’insu de mes parents, celles des premiers émois...

« Dehors »


parce qu’une fois qu’on a fait l’expérience directe d’un vivre ailleurs, une partie de soi, peut-être celle la plus automatisée par l’éducation au sens très large du terme, se dégage du carcan de la routine, s’ouvre à notre conscience et fait l’objet d’un regard surpris forçant à l’interrogation, forcément un regard différent presque de nouveau-né...

Depuis hier, ce sont les morts qui me "parlent" ou du moins, ils sont là, présents, et je n’arrête pas de me demander ce que, eux, diraient si on leur ouvrait un accès à l’expression sur nos réseaux sociaux...

Ce matin, une possibilité s’est montrée à moi via le message que j’ai commencé à envoyer à mon Parrain resté seul en France. J’ai hésité à le publier sur Facebook et finalement ai opté pour un article sur mon site.

"Cher Parrain,

Je tenais à t’envoyer ce message aujourd’hui, jour anniversaire de Janine. Elle est là dans mon coeur. Elle doit certainement être inquiète et triste de voir comment continue d’évoluer le monde.
Hier ce fut Paris, une seconde fois touché mais combien d’autres lieux à travers le monde ont vécu et vivent cette violence au quotidien ?
Lorsque nous nous recueillons, lorsque nous nous révoltons intérieurement ou extérieurement, lorsque nous restons sidérés par l’information, faisons-le et soyons-le quels que soient la population, la culture, le territoire affectés. Nous confondons tant le sens des mots, nous nous perdons tant dans la confusion des émotions.
Alors oui les événements actuels sont graves mais gardons notre coeur ouvert, continuons d’avoir foi en l’amour inconditionnel, en la force de la compassion. Renonçons à l’amer, renonçons aux pièges tendus. N’oublions pas que nous sommes tous unis, ici sur Terre. Que les frontières ne sont qu’artificielles, générées par des intentions parfois, souvent ?, mal alimentées. Que tous nous respirons le même air, tous nous abreuvons des mêmes molécules d’eau, tous nous réchauffons aux mêmes rayons du soleil.
Faisons sauter les cadenas des divisions nées de dogmes ou de croyances limitantes. Eveillons les consciences. Regardons-nous dans un miroir et osons faire face authentiquement à ce qui nous a fait être, à ce qui nous fait faire, à nos certitudes connues, inconnues parfois reconnues.

Alors oui Parrain, c’est aujourd’hui que je t’envoie des nouvelles, aujourd’hui parce que Janine est là dans mon coeur, dans mon âme, aujourd’hui parce que je sais que là où elle est, elle vit pleinement l’unité. Aujourd’hui parce que c’est maintenant qu’il faut rendre leur cohérence à nos actes et à nos paroles. Je lui envoie donc une Demande : Qu’elle et toutes les âmes nous guident, nous les Terriens, sur le chemin qui bat au rythme de nos coeurs, que toute la Sagesse Universelle là retrouvée nous aide à nous reconnecter au vrai sens de la Vie, au vrai sens de l’Amour, de la Paix et de la Joie.

Je t’aime très fort mon Parrain,

Nathalie"

Donnons la "Parole" à nos morts, à tous les morts de la Terre. Remettons entre "leurs mains" la possibilité qu’ils nous fassent signe et nous montrent la voie de la véritable métamorphose.